predeceased weirdo riffers

Par Ale – Le 13 Février 2026

Genre : Punk/Hardcore

Pays : Royaume-Uni

Label : Eeasy Records

Date de sortie : 07.11.25 

Si votre serviteur est un crêteux (ou un crétin, c’est selon) qui affectionne tout particulièrement le punk rock et son mélange de rage, de défaitisme et d’humour auto-dépréciant… le hardcore, en revanche, est un genre auquel il est assez peu initié. Il est pourtant communément accepté qu’il s’agit de la version « metal » du punk (bien que d’autres estiment que ce n’est pas du metal et plutôt un genre à part, mais bref… y’a des relents de punk là-dedans), mais c’est davantage le thrash, également héritier du punk, qui a trouvé grâce à mes yeux au point de devenir l’un de mes genres fétiches. Après, nos confrères de Deaf Sparrow évoquent plutôt le curieux mélange bien singulier de post-punk et de “krautsludge” pour qualifier la zick de Predeceased, du moins sur cet album. Et leur Bandcamp déploit toute une ribambelle : « sludge/noise/grunge/kraut drenched hardcore » Donc bon, on va dire que c’est une nouvelle fois l’occasion de se dire que foutre des cases tout le temps, surtout en parlant de punk, c’est quand même un peu con.

Au final qu’importe après tout. Ce qu’on retiendra c’est que Weirdo Riffers est un assaut pour les oreilles… Dans le bon sens du terme. C’est foutraque et strident, bordélique et hurlant. Y’a clairement de grosses influences punk dans l’énergie énervée déployée par le groupe, qui donne sans cesse des raisons de mosh comme un gros bourrin. Mais à la différence de bien des albums de punk, il n’y a pas de chanson débile et fun sur un sujet léger (que ce soit la bière ou la fête). Il n’y a pas de titre plus lent et émouvant. C’est une cascade de coutelas constante, où chaque instant est abrasif, chaque titre veut nous exploser les tympans avec violence. On dira aussi qu’en comparaison au punk, nous somme sur quelque chose de bien plus sombre: il n’y a pas ce côté misérable mais résigné, cette capacité à plaisanter sur notre misère. Ici, le groupe est coléreux et brutal en permanence… elle est sans doute là l’influence hardcore, bien moins jouasse que son aïeul, du peu que j’en connaisse ! Ce qui n’empêche pas certains titres, comme mentionné plus haut,  de donner envie de rouler des épaules et de foutre des coups de pieds à ses voisins (exprès ou non). C’est le cas de “The News”, “Popularity Protest/Chant”, “Heroes By David Bowie” (oui c’est le nom complet du morceau, et une sacrée salve d’explosions d’ailleurs!) et bien d’autres. Et c’est plus anecdotique, mais pas de morceaux d’une petite minute ou moins ici : nous somme souvent au-dessus des trois minutes, voire des quatre… Avec même « Blood On Your Hands » qui frôlent les six ! Extrêmement rare dans le punk, mais ça donne un titre fou capable de vous foutre en trance.

Je connais peut-être encore moins les spécificités du krautrock mentionné par Deaf Sparrow. Par contre le côté “sludge” est immanquable, avec cette voix éraillée et presque assourdie par la myriade d’effets apposés sur la gratte… C’est peut-être un peu moins gras que dans mes quelques expériences, mais ils repoussent à fond les limites de ce qu’une guitare peut produire comme son pour le non-initié. Et comme toujours, ça se traduit par le sentiment très sadomasochiste d’avoir des instruments qui nous beuglent au visage, au point de mettre potentiellement en danger nos tympans… mais de quand même bien kiffer l’incroyable diversité offerte, et la virtuosité de ces musico-tortionnaires très créatifs. Et c’est peut-être ce que je kiffe le plus sur un album : quand chaque titre consolide une “vibe” très analogue, mais que tous les morceaux parviennent à tordre et transformer leurs ingrédients pour produire un résultat toujours vastement différent. Parce que c’est ça la grande force de ce « Weirdo Riffers » selon moi : aucun titre ne semble plus faible ou pire : hors de propos. Mais s’ils ont tous cette niaque, cette attaque sensorielle, cette férocité délicieuse… Ils parviennent tous à le faire avec suffisamment de différences pour éviter que chaque titre ne s’embrouille dans notre esprit pour ne faire plus qu’une bouillie informe. Et ça… Bah c’est plutôt très bien.

Au rayon des petites « déceptions » (le terme reste plutôt fort), on pourrait citer la présence d’un remix de « Blood On Your Hands » pas franchement mémorable et surtout qui s’insère JUSTE après l’originale. Cela donne un effet un peu surdose. Il y a aussi le fait que quelques titres du premier album (présenté, certes, comme une rétrospective) se retrouvent sur cette galette. Idéal pour celles et ceux qui découvrent le groupe tel que moi… Un peu dommage pour leurs fans de la première heure j’imagine. Au moins ils sont bons : « DBPF » et « That’s How I Escaped My Certain Fate » étant peut-être LES titres les plus ouvertement punk du CD, pour mon plus grand plaisir !

En bref, pour une fois je n’ai pas réellement besoin ou envie de décortiquer chaque titre pour lui donner son petit commentaire : cela demanderait une demi-page pour tous, au moins, et sans doute avec des termes assez maladroits venant de quelqu’un qui n’est pas musicien. On retiendra juste que cet album est à la fois composite et très constant. Généreux, mais revisitant sans cesse les mêmes codes pour trouver toujours une nouvelle façon de nous tabasser. Et c’est leur troisième album en à peine quatre ans ! Seule 2024 a été l’occasion de marquer une courte pause… on l’imagine méritée. Très hâte de découvrir l’éventuel successeur de Weirdo Riffers, et je croise désormais très fort les doigts que leurs deux autres opus valent également le détour. Cela me fera patienter !

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