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Par Alice – Le 19 Mars 2026

Genre : Post Metal

Pays : Allemagne

Label : Auto-production

Date de sortie :  13.03.26

Le groupe allemand Monosphere s’est progressivement imposé comme l’un des noms les plus intrigants de la scène post et progressive metal. Depuis ses premiers albums, la formation construit un univers musical où se rencontrent et s’entrechoquent les genres : post-metal atmosphérique, metalcore moderne, djent et expérimentations plus avant-gardistes. Une approche hybride qui les a naturellement amenés à partager l’affiche avec des formations comme Rolo Tomassi, The Ocean ou encore Imperial Triumphant, autant de groupes avec lesquels ils partagent ce goût pour les paysages sonores mouvants et les compositions ambitieuses.

Avec ce troisième album nommé « Amnesia », Monosphere pousse encore plus loin cette vision. Sorti de manière totalement indépendante afin de préserver son éthique DIY, le disque se présente comme une œuvre fluide, audacieuse et presque narrative. En neuf morceaux et un peu plus de quarante minutes, Amnesia se déploie comme un voyage sonore où la brutalité du metalcore côtoie des passages atmosphériques, dans un équilibre permanent entre fracas et accalmie.

Dès les premières secondes de « Collapse », il devient difficile de définir précisément le style du groupe. Le groupe allemand brouille volontairement les pistes : une montée de tension presque post-rock laisse soudain place à une déferlante metalcore furieuse, avant que le morceau ne retombe dans une atmosphère plus introspective. La voix de Kevin Ernst, grave et abyssale, installe une ambiance froide et nihiliste, comme suspendue entre vie et désolation. Puis surgit un passage plus lumineux, presque fragile, qui laisse passer une vague d’émotions inattendues. Le décor est planté : rien ne restera figé très longtemps.

On comprend très rapidement que l’œuvre est pensée comme un seul et même mouvement découpé en plusieurs pistes. Celui-ci s’écoute presque comme une longue composition continue, où chaque morceau s’enchaîne naturellement au suivant, sans véritable coupure. Cette fluidité se ressent immédiatement dans la première partie du disque, où « Anomia », « Nadir » et l’interlude « Allusion » forment presque un seul et même bloc, comme si l’album refusait toute respiration nette.

« Anomia » développe une approche plus progressive tandis que « Nadir » met en avant toute la diversité du groupe. Le morceau oscille entre passages éthérés et explosions d’une brutalité quasi apocalyptique, où les percussions martèlent comme une fin du monde imminente. Les cris flirtent avec le black metal, renforcés par la présence de Jei Doublerice (Despite Exile), avant qu’une nouvelle section plus technique et dynamique ne prenne le relais. L’ensemble se referme dans une douceur inattendue, portée par un passage au piano presque cinématographique, tandis que « Allusion », court interlude, prolonge cette atmosphère comme un moment suspendu avant la tempête.

Car le rouleau compresseur arrive rapidement avec « Limbic », celui-ci remet les percussions au centre du paysage sonore. Le morceau mise sur une montée en pression djent particulièrement tendue, avant d’exploser dans un metalcore nerveux et abrasif. Monosphere joue constamment avec les frontières des genres, mêlant riffs massifs et rythmiques techniques, jusqu’à atteindre ici l’un des premiers sommets émotionnels de l’album. C’est aussi à ce moment que l’on commence à comprendre que l’album se divise progressivement en deux parties, la première plus compacte et enchaînée, laissant ensuite place à des morceaux plus longs et plus développés.

Le groupe refuse toute monotonie et bascule ensuite vers un territoire plus introspectif avec « Idiomorph ». Les voix claires prennent davantage d’espace et la musique adopte une dimension plus atmosphérique, presque contemplative, comme une pause au milieu du chaos. Les percussions continuent leur jeu complexe mais se font plus dansantes, moins chaotiques, tout en laissant planer l’impression que le fracas n’est jamais bien loin. Cette respiration révèle une nouvelle facette plus ambiante et annonce aussi une seconde moitié d’album plus progressive.

À partir de là, l’album change de dimension. « Zenith », d’une longueur de huit minutes, surgit comme la première grande pièce du puzzle. Les influences metalcore et djent s’y déploient avec une rage viscérale, enrichies de touches électroniques qui densifient encore ce paysage sonore aux multiples horizons. Le morceau fonctionne presque comme un faux final : massif, lumineux et dévastateur. Il montre surtout toute la capacité du groupe à construire une longue pièce où chaque section pousse la précédente un peu plus loin.

Après cette décharge, l’outro « Engram » agit comme un passage plus sombre et introspectif. Son introduction moderne évoque des atmosphères gothiques à la Paradise Lost ou Type O Negative, offrant une noirceur plus mélancolique. Une noirceur presque gothique s’installe ici, donnant au morceau une atmosphère plus émotionnelle et cathartique.

Enfin, « Dissolve » vient clore l’album avec près de dix minutes d’une intensité saisissante. Le morceau accueille également Mark Garrett (Kardashev), dont la présence renforce encore la dimension dramatique du final. Véritable montagne russe émotionnelle, le morceau condense toutes les facettes explorées auparavant : passages djent techniques, éclats metalcore, envolées presque symphoniques, touches black metal et atmosphères post-metal grandioses.

Au cœur du morceau, la basse de Marlon Palm apporte une dimension djent très technique et particulièrement prenante, installant une montée progressive qui se construit par étapes. La section rythmique de Rodney Fuchs vient alors se greffer naturellement à cette progression, chaque élément venant renforcer le précédent jusqu’à mener le morceau vers son final. La musique oscille alors entre violence et contemplation, comme si le groupe reconstruisait une dernière fois toute l’identité sonore de l’album avant de la laisser se dissoudre avec fracas.

Au fil de ses quarante-deux minutes « Amnesia » dévoile chaque morceau comme les pièces d’un puzzle géant qui s’imbriquent naturellement pour former une œuvre cohérente, pensée dans sa globalité. Chaque titre possède sa propre identité, mais tous s’enchaînent dans un mouvement continu où la tension et le relâchement s’entrelacent sans laisser le moindre temps mort.

Refusant les compromis, Monosphere poursuit sa propre vision artistique. Entre post-metal, metalcore moderne, djent et expérimentations atmosphériques, « Amnesia » construit un univers dense et mouvant. 

Alors que le silence revient après « Dissolve », une chose est sûre : cette amnésie-là risque difficilement de s’oublier.

Auteur/autrice