Par Ale – Le 27 Mai 2026
Genre : Post Hardcore / Rock Alternatif
Pays : Royaume-Uni
Label : Church Road Records
Date de sortie : 08.05.26
Deux choses me viennent immédiatement à l’esprit en lisant le pédigré de Haggard Cat : d’une part, « haggard » n’a pas la même définition que « hagard » en français. Et autant le genre « post hardcore » m’enthousiasme, mais alors celui de rock alternatif pas du tout… tant ce dernier ne veut rien dire, au même titre que « indie rock ». Grosso modo, quand on ne sait pas trop où classer un groupe, on le fout dans l’un de ces deux catégories. Le titre de ce troisième album me plait bien par contre, et presque tous les titres sont aussi énigmatiques. Huit d’entre eux se composent d’un seul et unique mot, et la totalité s’inscrit EN MAJUSCULES. C’est peut-être con et insignifiant, mais il ne faut parfois pas grand chose pour froncer les sourcils, se gratter la tête et se demander bêtement « pourquoi ». Une écoute express de deux de leurs titres piochés au hasard pour se faire une idée et c’est banco : on va lui accorder une chance à ce TPTOL !
Comme prévu : le terme alt rock est un peu gadget, et ne sert pas vraiment à qualifier la zick de Haggard Cat, laaaargement plus associable au post-hardcore avec son chant éraillé et enragé, ses quelques effets bien sentis et sa force de frappe. Que ce soit un poil plus accessible au tout-venant que le hardcore tout court, en raison de grooves un peu plus souples et agréables, n’y change pratiquement rien. « Soar », deuxième piste de l’album, en est un exemple éloquent. On a droit à des cris explosifs et à rallonges, qui côtoient donc ce groove délectable présent au refrain… qui se mute en salve de missiles dans son sprint final, partant en joyeuse cacophonie ! « Halcyon », qui vient juste après, est peut-être encore plus frappadingue. La guitare y est délicieuse, surtout pour le bouquet final, et le chant est encore plus furieux que sur les deux titres précédents (on a presque peur pour le dernier morceau du coup ! On espère que les deux comparses ont des kilos de miel en stock pour leur pauvre gorge.
Bon, je vais pas me répéter pour chaque titre, alors on va juste dire qu’il y a zéro temps mort. Pas de ballade au programme, pas de mid-tempo ou autre tire-larmes. « The Afterlove » est, croyez-le ou non, encore plus énervé que les trois premières chansons ! Les effets un peu « cosmiques » (à défaut d’un terme plus approprié et précis, gageons que vous comprendrez à l’écoute) sont également une constance pas encore abordée. Ils restent utilisés avec retenue, mais sont présents sur pratiquement chaque titre. Et c’est un « type » d’effets que j’apprécie vraiment beaucoup, pour son côté rétro et évidemment très « SF kistchouille rétrofuturiste».
OK j’ai menti, « Apnoea », l’un des titres les plus longs de l’opus, se permet de trainer un peu plus le pas. Mais pas à la manière d’une chanson sentimentale évidemment… C’est plutôt un pas bien lourd et gras, accompagné d’un bridge magistralement maousse criblé d’effets, qui se poursuit jusqu’à la fin, ininterrompu par le chant pour le coup. Un très très chouette interlude arrivant (quasi) en milieu d’album, pour rompre un peu la routine. Pas le temps de s’encroûter par contre : « Nails » nous réveille illico en nous beuglant dans les oreilles ! Les vocals, en plus d’être toujours aussi dégoulinantes de vitriole, sont un puissant earworm ! Faut un peu décoller son tympan bouché à ce stade de l’album, mais la rage du duo est pleinement communicative. Et on espère une nouvelle fois qu’ils ont un pot de miel dans leurs affaires après chaque concert. Montée en puissance jouissive sur « Suppressor », et c’est même (agréablement) surprenant que le groupe n’en fasse pas davantage usage. Faut dire que c’est pas si évident de faire un drop quand toute ta chanson blast en permanence.
« Landscapes » se permet une introduction plus douce (merde, j’ai encore menti!), plus posée, un poil plus émotive… mais c’est pour mieux t’envoyer le pétard à la figure mon enfant. Ce morceau se démarque des autres par son aspect plus grave, plus grandiloquent, plus désespéré. C’est beau, c’est fracassant, c’est douloureux et morose à la fois ! Sans doute l’une des plus belles réussites d’un album rempli de très belles pièces, avec Apnoea. « Warpath » poursuit avec une énergie presque punk… logique, pour de l’hardcore. D’autant plus pour le titre le plus court de la galette (trois minutes quand même, pratiquement un roman à l’échelle du punk). Pas grand chose à en dire, si ce n’est que c’est un morceau à gros bordel, jusque dans sa thématique ! Quant à « Zion »… c’est une véritable épopée de dix minutes, condensé de toute la versatilité, de la virtuosité et de la colère tordue de douleur de Haggard Cat. Que la deuxième moitié soit d’un silence assourdissant minimaliste, prenant allègrement son temps de nous faire prendre conscience des 45 minutes de vacarme auxquelles nous venons d’assister, pour ensuite mieux nous accorder un tout dernier molotov, à nouveau plus lourd et lancinant, est plus que commendable. Les choeurs étant un ajout judicieux, alors que la guitare alterne entre riffs grasouillets et un dernier solo presque heavy par son côté épique. Inutile de dire qu’il complète le podium commencé par Landscapes et Apnoea.
Navré de cette chronique bien trop longue, mais dans la dernière salve d’albums chroniqués (pourtant très qualitative, tout album confondu), Haggard Cat parvient à se hisser encore au-delà. Certes, les deux lascars n’en sont pas à leur coup d’essai (troisième opus, et rescapés du groupe « Heck », actif de 2009 à 2017). Mais quand même, quelle claque ! L’envie de poursuivre en écoutant leurs deux premiers albums, à la fois parce qu’on en veut plus et pour se rassurer en se disant qu’ils n’ont pas déjà atteint l’apex, est bien là. Mais on ne leur en voudra pas de proposer un album même à moitié bien que ce TPTOL (très pertinemment nommé par ailleurs), tant celui-ci touche malgré, et même plutôt grâce à sa folie furieuse.