Par Alice – Le 14 Juin 2026
Six ans après “Under a Godless Veil”, Draconian est de retour avec “In Somnolent Ruin”, un album né dans la tourmente, entre pandémie, doutes et renouveau. Anders Jacobsson et Niklas Nord reviennent sur ces changements de dynamique, de line-up, cette longue écriture et les thématiques qui le traversent : l’âme prisonnière de la chair, l’oubli et la quête de sens qui habite ce nouveau chapitre.
Pour commencer, beaucoup d’événements se sont passés en six ans depuis la sortie d’Under a Godless Veil, autant sur le plan personnel que collectif. Le monde a changé, et le line-up du groupe aussi. Dirais-tu qu’In Somnolent Ruin représente un tout nouveau chapitre pour Draconian ?
Anders : C’est un tout nouveau chapitre pour beaucoup de raisons. De nombreux événements se sont produits depuis la dernière fois, et les changements de line-up parlent d’eux-mêmes : Niklas Nord a rejoint le groupe, Daniel Johansson est passé de batteur de session à membre à part entière en remplacement de Jerry Torstensson, et Lisa Johansson est revenue.
Donc oui, c’est clairement un nouveau chapitre. Et pourtant, tout semble à la fois si familier et tellement plus fluide ; tout fonctionne vraiment très bien entre nous en ce moment. Même si ce n’était pas facile psychologiquement pour le groupe de maintenir le cap au fil des années, entre la situation liée au Covid, les changements internes et tout ce que nous avons traversé en essayant de trouver notre place. Ce nouvel album est l’aboutissement de toutes ces épreuves, et c’est une immense joie qu’il voie enfin le jour.
Niklas, tu as donc rejoint le groupe récemment. C’était facile pour toi d’y trouver ta place ?
Niklas : Oui, je pense. J’ai été accueilli à bras ouverts. J’ai été contacté par Anders et Johan juste après la sortie d’ »Under a Godless Veil » pour faire la tournée, mais elle a été reportée, puis annulée, trois fois ! C’est comme ça que tout a commencé. Mais je pense que j’ai trouvé ma place. Cela prend du temps de s’intégrer dans un groupe comme Draconian qui a autant d’histoire, autant de bons albums et de grandes chansons, et d’essayer d’y apporter sa propre touche pour s’approprier les morceaux. Je pense que ça s’est vraiment produit pendant la dernière tournée, celle dont on parlait juste avant de commencer l’interview (ndlr : la tournée 30e anniversaire avec Nailed to Obscurity et Fragment Soul), notamment lors de notre passage à Courtrai en Belgique, dont tu avais rédigé le live report. C’est un parcours incroyable de pouvoir à la fois perpétuer l’héritage du groupe, jouer ces anciens morceaux, et maintenant avoir l’opportunité de contribuer au nouvel album et faire partie de ce nouveau chapitre. C’est une expérience incroyable, je ne pouvais pas rêver mieux.
Oui, j’imagine que partir en tournée ensemble vous a donné le temps d’apprendre à vous connaître et de voir comment chacun fonctionnait. Et concernant le retour de Lisa dans le groupe, vous étiez-vous restés en contact avec elle pendant toutes ces années ? Quand avez-vous su qu’elle était peut-être prête à revenir dans cette aventure ?
Anders : Pendant ces dix ans, je sais que Johan (ndlr : guitariste et compositeur du groupe) et son ex-femme sont restés en contact avec des gens de notre entourage, dont la famille de notre ancien batteur Jerry, qui connaissait bien Lisa et les siens. De mon côté, je ne lui ai parlé que deux ou trois fois sur ces dix ans. Mais quand le moment est enfin venu de passer ce fameux appel et de lui parler pour la toute première fois dans « une optique Draconian », si l’on peut dire, c’était extrêmement naturel. On a alors appris qu’elle pensait en fait à Draconian depuis un an ou deux, et qu’elle regrettait presque d’être partie. Elle avait cette envie de s’impliquer à nouveau d’une façon ou d’une autre, c’était un peu son rêve secret.
Elle était donc tout à fait prête quand on lui a d’abord demandé de nous rejoindre comme membre session pour les concerts. Heike Langhans souhaitait en effet prendre un peu de recul pour se consacrer pleinement au studio et poursuivre ses propres projets. Lisa était ravie, elle a dit oui spontanément, sans même réfléchir. C’était quelque chose d’organique, de vraiment naturel. Puis au bout d’un an, elle est redevenue membre à part entière pour que le groupe puisse tourner et avancer ensemble. Heike a pu se mettre en retrait, se focaliser sur ses projets et retourner vivre près de sa famille en Afrique du Sud. Tout le monde a obtenu ce qu’il voulait. Quand le Covid a fini par s’atténuer, nous avons pu remonter sur scène. C’est à ce moment-là que j’ai senti que le groupe tournait à plein régime, mieux qu’il n’a jamais fonctionné auparavant.
Maintenant, parlons du nouvel album et de son premier single, « Misanthrope River ». Est-ce que c’est le tout premier morceau qui a été écrit ? Et est-ce qu’il a influencé le processus d’écriture pour le reste de l’album ?
Anders : Niklas, je te laisse introduire cette question…
Niklas : Non, je pense que comme nous en discutions plus tôt, l’album a pris beaucoup de temps à être écrit. Je sais que Johan a commencé à composer des morceaux presque immédiatement après la sortie du dernier album. Ça a été un long processus. Je pense qu’à un certain moment, il y a eu une forme d’insécurité : est-ce que le groupe devait continuer ? Est-ce que Draconian pouvait encore exister avec tout ce qui venait de se passer ? De mon côté, j’ai été intégré au processus à partir de l’été dernier. Johan a commencé à m’envoyer des chansons pour que je puisse les écouter et lui donner des retours sur les compositions, les riffs et les mélodies. Anders, lui, il écrit constamment. Il a toujours des textes en réserve dans lesquels il peut piocher quand le moment est venu. C’est à ce moment-là, je pense, que Johan et Anders se sont posés pour sélectionner les quelques morceaux qui allaient figurer sur l’album. Johan avait écrit presque deux fois plus de chansons, mais ils ont dû faire des choix. Johan a sélectionné en priorité des morceaux qui allaient former une histoire cohérente, des titres qui se complétaient et qui touchaient à toutes les sonorités, toutes les émotions et toutes les idées qui font l’identité de Draconian.
Anders : On essayait de faire les bons choix parmi toutes ces chansons pour donner naissance à un album fluide et totalement cohérent. Tout cela s’est dessiné pendant la phase des démos. Il y avait des morceaux comme « Misanthrope River » qui étaient une évidence absolue dès le départ. Mais nous devions encore définir l’identité conceptuelle globale de l’album. Pendant les démos, on a commencé à faire des essais d’enregistrement sur certaines parties pour voir ce qui fonctionnait. Et même si le processus d’écriture a débuté il y a très longtemps, c’est finalement bien plus tard que toutes les pièces du puzzle se sont assemblées. En réalité, tout s’est accéléré à la fin. C’est une dynamique super intéressante : le projet a mûri sur plusieurs années, mais je dirais qu’au moins un tiers de l’album, en ce qui me concerne, a été créé directement en studio, pendant que nous enregistrions.
Il semble y avoir un lien profond entre les morceaux de cet album. Le choix des singles s’est d’ailleurs porté sur la première et la dernière chanson écrites pour ce disque. Était-ce une manière de mettre en lumière le début et la fin de votre processus de création, ou est-ce simplement une coïncidence ?
Anders : Je comprends ta logique, mais en réalité, le choix de “Misanthrope River” comme premier single s’est fait parce que c’est un morceau plutôt court et que nous tenions à réaliser un clip où tout le groupe apparaissait. Il nous semblait si naturel de s’orienter vers une chanson plus courte, qui permettait également de mettre en valeur les qualités de Lisa et de rappeler à chacun la chanteuse absolument remarquable qu’elle est. C’est un titre très intense, qui possède une belle dynamique, ce qui en faisait un excellent premier extrait. Je dirais aussi que ce morceau est un retour aux sources pour Draconian. Il est plus typique de notre identité.
Nous avons eu le sentiment de renouer avec l’approche que nous avions eue avec “Sleepwalker”, en réalisant un clip qui raconte une histoire avec des acteurs. Dans mon esprit, “Sleepwalker” et “Misanthrope River” partagent une atmosphère et une tonalité assez similaires ; ils ont une véritable connexion spirituelle à mes yeux.
Enfin, “Anima”, le dernier single, est un morceau lui aussi très différent des deux autres. On y trouve une ambiance un peu plus gothique, presque post-rock, avec une grande explosion où tout se rassemble à la fin de la chanson. Nous nous retrouvons donc avec trois singles très distincts qui ne se ressemblent pas du tout, bien qu’ils cohabitent sur un même album qui reste pourtant très cohérent. Au final, nous avons un album vraiment très varié, et je pense que c’est précisément ce que nous voulions montrer à travers ces trois singles.
Oui, je trouve que cela représente bien toutes les facettes de Draconian. Nous reviendrons sur l’aspect artistique et les clips un peu plus tard, mais j’aimerais d’abord parler de la voix de Lisa. Vous parliez de “Cold Heavens” et ce morceau m’a vraiment impressionné. Ses lignes de chant y sont extrêmement puissantes, je trouve qu’elle n’a jamais chanté ainsi auparavant. Pour moi, c’est le moment le plus intense de tout le disque.
Anders : C’est tout à fait juste. Sur le plan vocal, c’est indéniablement le moment le plus intense de l’album.
Niklas : Je sais que c’est un point sur lequel ils ont énormément travaillé pour obtenir exactement le bon ressenti. Johan et Lisa ont passé beaucoup de temps sur les voix pour ce morceau en particulier, afin de s’assurer que le rendu soit parfait et de faire ressortir toute sa puissance vocale.
Anders : C’est elle qui a eu l’idée d’y apporter cette puissance et de pousser le chant vers quelque chose de plus intense jusqu’au cri.
Et le résultat fonctionne à merveille ! D’ailleurs, le morceau Anima est sorti hier. Dans le communiqué de presse officiel, le titre est écrit en trois parties : A-NI-MA. Il y a une raison particulière à cela ?
Anders : Oui, il y a une idée derrière cela… Je trouve que le mot en lui-même est magnifique. Il se découpe en trois syllabes, c’est un mot très court, et il traite d’un sujet qui me fascine beaucoup : l’archétype jungien de l’Ombre, cette part plus enfouie de nous-mêmes que nous avons tant de mal à affronter. Lorsque nous refusons de lui faire face, elle finit par dominer notre subconscient et par influencer nos vies à notre insu, au point de devenir destructrice. Je voulais vraiment écrire sur la dualité de cet aspect.
C’est pourquoi nous avons pensé que Daniel Änghede, qui a posé sa voix en invité sur ce morceau, serait parfait. Sa voix est très douce, très aérienne en fond, et elle monte progressivement en puissance. C’est un peu comme si l’on déversait ses secrets et toutes ses peines, avant que j’intervienne vers la fin … À ce moment-là, le morceau explose avec nos trois voix réunies sur le dernier refrain. Il y avait donc une réelle intention derrière l’utilisation du mot Anima.
Je comprends tout à fait, la voix de Daniel s’intègre à merveille dans ce morceau. C’était un choix très naturel pour vous, et sa voix apporte vraiment quelque chose en plus. Comme vous le disiez, cet album se vit comme une expérience. Je pense notamment au titre « Asteria Beneath the Tranquil Sea ». Agit-il comme une sorte de transition ou de ligne de partage entre deux parties du disque ?
Anders : C’est le morceau le plus calme et ambiant de l’album, qui contraste avec les titres les plus intenses. Cependant, c’était davantage un choix de tonalité et de texte. Ce n’était pas une décision intentionnelle de diviser l’album en deux, du moins pas consciemment même si l’on peut tout à fait l’interpréter ainsi et l’associer aux autres textes. Pour moi, “Asteria Beneath the Tranquil Sea” possède sa propre signification, mais il fonctionne magnifiquement bien comme interlude, un peu comme “Burial Fields” sur notre album précédent.
J’espère que nous continuerons sur cette lancée à l’avenir. J’adore intégrer ce genre de respirations. C’est comme à l’époque des très longs films des années 50 ou 60, vous savez, quand il y avait un entracte au milieu de la séance de cinéma et qu’on diffusait de la musique classique. C’est un peu le même esprit : cela permet de reprendre son souffle, mais cela garde un sens, cela raconte une histoire et cela invite à la rêverie et au lâcher-prise.
Niklas : C‘est un peu comme un “rince-palais musical”, le petit sorbet qu’on vous sert pour nettoyer le palais entre deux plats lors d’un grand repas. Mais ici c’est une sorte de rince-palais sonore.
Anders : Wow, je vais m’en souvenir de celle-là ! (Rires)
C’est vrai ! Certains groupes se contentent d’intégrer des interludes simplement parce qu’ils ne savent pas trop quoi faire d’autre, mais celui-ci est vraiment excellent et vraiment bien pensé dans l’album.
Anders : Tu fais partie des quelques personnes qui ont évoqué ce morceau, cela fait vraiment plaisir.
Il semble y avoir un lien très profond entre « Cold Heavens » et le titre final « Lethe ». Plus globalement, on ressent que tout l’album est intimement connecté, que les morceaux se répondent entre eux.
Anders : Nous avions une idée très précise de la façon dont les morceaux allaient s’intégrer les uns aux autres, et cela se ressent encore plus vers la fin du disque, car “Lethe” décrit l’après-mort. Et si tu réécoutes depuis le début, le premier morceau « I Welcome Thy Arrow » te replonge immédiatement dedans, c’est un éternel retour, une nouvelle bienvenue dans ce processus, cette lutte, cette aliénation, ce sentiment d’être perdu. C’est vrai que c’est très sombre, mais paradoxalement, ça m’apporte beaucoup de lumière. Cette musique est une véritable thérapie pour moi.
Lethe qui signifie le fleuve de l’oubli clôture l’album sur ces mots : « Drink. Forget. Repeat. » (Bois. Oublie. Recommence) est-ce une fin heureuse ou triste ? C’est une façon de trouver la paix et d’être enfin libre ?
Niklas : Je pense que c’est à l’auditeur de décider. Comme le disait Anders, d’un côté c’est une célébration de la mort, mais c’est aussi la célébration d’un nouveau départ, un cycle qui redémarre donc ça peut-être perçu comme quelque chose de positif. Mais c’est aussi triste, évidemment, puisque c’est la fin d’une vie. Pour moi, c’est un peu les deux, c’est difficile de trancher.
Anders : C’est à l’auditeur de choisir, c’est certain. Sans vouloir trop entrer dans les détails, j’y vois personnellement une approche gnostique un peu plus sombre. C’est l’idée que l’on nous pousse, ou que l’on nous trompe, pour nous faire boire à ce fleuve de l’oubli, afin de tout recommencer depuis le début. On est alors condamnés à reproduire les mêmes erreurs, porter les mêmes peines, et revivre tout cela par pur automatisme. C’est une sorte de « ferme d’âmes », un système de recyclage cyclique. Pour moi, la fin de cette chanson serait positive si on avait réellement le choix d’y revenir afin de vouloir se souvenir, vouloir y retourner, se dire « je veux revivre ça » plutôt que d’y être forcé ou contraint par ruse. Et ce serait, pour moi, le vrai dénouement heureux de cette chanson.
Nous avons évoqué plusieurs morceaux en détail, mais j’ai l’impression qu’il nous manque encore une pièce essentielle du puzzle. Le communiqué de presse présente « In Somnolent Ruin » comme un album qui explore une certaine « théorie de l’âme ». Pouvez-vous nous en dire plus, notamment sur cette idée de « prison de chair » ? Parlez-vous du corps physique, ou plus largement du monde matériel dans lequel nous serions piégés ?
Anders : C’est un sujet dont je parle en réalité depuis notre toute première démo, il y a quatre ans : ce sentiment d’aliénation, le fait de se sentir étranger à ce monde et à la matière. Pour moi, le monde matériel est une illusion. La véritable vie, la force vitale pure, c’est ce qui se trouve à l’intérieur de nous. On dit souvent que l’on « a » un corps, pas que l’on « est » ce corps, n’est-ce pas ? Je vois la matière de la même façon : c’est un obstacle, une sorte de compensation, quelque chose qui s’est calcifié.
C’est une réflexion que je porte en moi, d’un point de vue plus philosophique et mythologique, et qui était déjà très présente sur l’album précédent où je parlais beaucoup de narcissisme. Peut-être que sur le plan biologique, nous sommes bel et bien piégés. Notre véritable essence est enfermée ici, et cette enveloppe charnelle n’est pas ce que nous sommes profondément, car ce n’est pas à travers elle que nous communiquons, pas même avec nous-mêmes.
Mais cette vision des choses apporte aussi beaucoup de potentiel et d’espoir quant aux perspectives de notre existence future. C’est exactement ce que je voulais exprimer à travers cette notion de « prison de chair », parce que c’est parfois exactement ce que l’on ressent.
C’est peut-être parce que l’album précédent était plus personnel pour moi, mais je trouve qu’”Under a Godless Veil” était vraiment sombre, vraiment profond alors qu’avec “In Somnolent Ruin”, on entrevoit ici une forme de lumière, d’espoir.
Anders : Je pense qu’il est plus introspectif, voire même plus subjectif, car j’y évoque certaines épreuves en essayant de les transformer en poésie, ou en les intégrant dans la narration spécifique d’un morceau. L’année dernière, quand on a défini le genre d’album qu’on voulait faire et qu’on a choisi les titres, beaucoup de paroles ont été retravaillées en ce sens. Ce n’est donc pas une suite directe de l’album précédent, c’est plutôt une contemplation de ses retombées, de l’après-coup, si cela a du sens. En tout cas pour moi personnellement, c’est quelque chose d’assez thérapeutique, et je pense que cela laisse plus de place à l’auditeur pour y projeter sa propre interprétation.
Parlons maintenant de l’aspect artistique, je trouve que vos clips ont toujours un côté très poétique et humain, et ça vous démarque. Cold Heavens et Misanthrope River ont-ils tous les deux été tournés aux îles Féroé ? Et n’oublions pas le lyric video d’Anima, sorti il y a quelques jours seulement.
Nicklas : En réalité, “Cold Heavens” a été tourné ici même, près d’Arvika, la ville où j’habite. Le clip a été réalisé par Gaui H., un vidéaste islandais qui s’est déplacé jusqu’ici pour le tournage. Sa femme étant originaire des îles Féroé, il s’est ensuite rendu là-bas pour filmer les acteurs et tous les plans de “Misanthrope River”. C’est également à cette période qu’il a travaillé avec Anders sur les thématiques et le concept du morceau.
Anders : Oui, c’est de là qu’est venue l’idée.
Nicklas : Et c’est également lui qui a réalisé le lyric video d’”Anima”, avec cette imagerie si particulière. On est vraiment ravis d’avoir collaboré avec lui, c’est un atout précieux pour nous, et il a fait un travail incroyable sur les trois vidéos.
Anders : Pour le lyric video d’Anima, je trouve que ça marche vraiment bien, parce que tout y est construit comme un reflet de soi-même et ça correspond à la perfection avec le thème du morceau. “Anima”, c’est ce reflet de nous-mêmes auquel on doit faire face. Si on ne le fait pas, c’est cette part d’ombre ou peu importe comment on l’appelle qui finit par dominer notre vie, qui nous force à affronter les choses. Je trouve que le rendu est étrangement magnifique. Je ne sais pas si c’était totalement volontaire de sa part au départ, mais c’est ainsi que la vidéo a été faite, et le résultat est merveilleux. Tout se répond comme dans un jeu de miroirs, ce qui illustre parfaitement le morceau.
C’est vraiment appréciable de savoir que Gaui H. est également à l’origine des images d’“Anima”, et qu’il ne s’agit pas simplement d’éléments piochés dans des banques d’images sur Internet. Pour être honnête, je ne regarde plus trop les clips de nos jours. D’une part, c’est toujours la même chose avec ces groupes qui jouent dans un hangar désaffecté ; d’autre part, on voit de plus en plus de groupes utiliser l’intelligence artificielle pour générer des visuels… C’est donc vraiment précieux de voir un groupe comme le vôtre conserver une âme humaine et authentique.
Nicklas : Tu as raison ! En travaillant avec ce réalisateur, on sait pertinemment qu’il n’y a pas la moindre trace d’IA ou quoi que ce soit d’artificiel. Tout ce qu’on voit dans « Anima », ainsi que les paysages rocheux de « Misanthrope River », c’est lui qui les a filmés, caméra à l’épaule. Ce sont des choix faits sur le terrain. Dans l’instant, il se dit : « Je vais capter ça, et ça fera partie du clip. »C’est l’une des choses fantastiques quand on collabore avec lui.
Anders : C’est une approche très naturaliste et très nordique. Ce n’est pas la première fois que nous travaillons de cette manière, et tout cela renvoie finalement à quelque chose de très organique.
(NDLR : Anders doit nous quitter à ce moment de l’entretien pour rejoindre une autre interview.)
Poursuivons sur l’aspect artistique. La pochette de l’album, réalisée par le peintre Agostino Arrivabene, est absolument sublime. Pourquoi avoir choisi de travailler avec une véritable peinture plutôt qu’avec une création numérique ou photographique ?
Nicklas : C’était un choix délibéré de revenir à quelque chose de physique, de réel, quelque chose que l’on peut presque toucher. Cette œuvre, c’est une véritable peinture à l’huile réalisée sur toile par un artiste. Je pense que cette authenticité transparaît naturellement sur la pochette. Cela change des montages numériques que l’on retrouve aujourd’hui sur énormément de pochettes d’albums. C’est Johan qui a eu l’idée. C’est lui qui a découvert le travail d’Agostino et qui nous l’a fait connaître. Personnellement, je trouve le résultat magnifique. J’aime beaucoup le fait que cette œuvre soit aussi étroitement liée à la musique tout en étant un objet bien réel, une véritable peinture. Pour faire le lien avec ce que nous disions à propos des clips, c’est finalement la même démarche. Nous savons que les images ont été réellement filmées, qu’il s’agit de véritables prises de vue réalisées sur le terrain. Pour cette pochette, c’est pareil : nous savons qu’un artiste s’est installé devant sa toile avec ses peintures à l’huile pour créer cette œuvre. Et je trouve que c’est une pièce artistique absolument remarquable.
Je comprends la démarche. La dernière fois, vous aviez travaillé avec la photographe Natalia Drepina pour « Under a Godless Veil », et aujourd’hui avec un peintre. Je trouve que ce choix participe énormément à l’identité visuelle du groupe. D’ailleurs, j’ai récemment vu que Tarja Turunen avait également collaboré avec un peintre pour son dernier album « Frisson Noir » et qu’elle proposait même la toile originale à la vente en exemplaire unique sur sa boutique en ligne. Sur le moment, je me suis dit que c’était complètement fou, puis je me suis rappelé que lorsqu’on aime profondément une œuvre, on rêve parfois d’en posséder un morceau. Pour clore cette interview, un dernier mot pour les fans qui attendent In Somnolent Ruin depuis si longtemps ?
Nicklas : Ce nouvel album a été un très long voyage, et nous sommes tellement heureux qu’il soit enfin là et de le confier au monde. Désormais, il ne nous appartient plus et c’est une sensation fantastique : prendre son œuvre, la livrer au public, laisser chacun s’en emparer et se l’approprier. C’est ce qu’il y a de plus merveilleux en tant qu’artiste !
La semaine prochaine, nous partons en tournée en Amérique latine, et nous allons enfin pouvoir jouer certains de ces morceaux en concert. Ce sera un tout nouveau chapitre, une autre façon de donner vie à ces chansons sur scène. J’espère de tout cœur que les gens apprécieront l’album, qu’ils aimeront ces titres, qu’ils les écouteront et qu’ils ressentiront quelque chose en les découvrant. C’est notre plus grand souhait. Merci !
Merci pour cette interview enrichissante ! Je vous souhaite le meilleur pour ce nouvel album, et j’espère vous revoir l’année prochaine (ndlr : les dates de la tournée européenne 2027)