Par Alice – Le 10 Juin 2026
Genre : Blackened Rock
Pays : France
Label : Nova Lux Productions
Date de sortie : 22.05.26
Originaire de la Baie des Anges, Messalina fait partie de ces projets qui donnent immédiatement envie de tendre l’oreille. Réunissant JB Le Bail et Rémi Serafino, que certains connaissent déjà pour leurs aventures passées au sein de Svart Crown ou plus récemment d’Igorrr, aux côtés d’Aymen Mahjoubi et d’Alexis Fedunizin, le quatuor niçois dévoile aujourd’hui son premier EP, “Golden Wounds”. Un premier effort qui, dès sa présentation, laisse entrevoir de nombreuses promesses.
Cette première impression se confirme rapidement à l’écoute du morceau éponyme “Golden Wounds” où les intentions du groupe se dessinent. Les nappes atmosphériques s’entremêlent à des guitares cristallines tandis qu’une rythmique lourde mais jamais envahissante s’installe progressivement. Porté par la voix douce et suave d’Aymen Mahjoubi, le morceau avance avec une élégance presque hypnotique, oscillant constamment entre obscurité et lumière. Une entrée en matière particulièrement réussie qui laisse entrevoir toute la richesse de l’univers amené par le quatuor.
À lui seul, ce premier titre résume les teintes développées tout au long de l’EP entre doom, rock alternatif, grunge, post-metal, touches industrielles ou électroniques qui se croisent au fil des compositions, sans jamais s’absorber ni se faire concurrence. Au contraire, chaque élément semble soigneusement dosé, comme une nuance supplémentaire venant enrichir une seule et même toile. Plutôt que de chercher à écraser l’auditeur sous son poids, Messalina préfère explorer ses zones d’ombre. Loin de s’éparpiller, cette diversité d’influences apporte une remarquable cohérence. Elle construit progressivement un paysage sonore riche en nuances, où les respirations mélodiques occupent une place tout aussi importante que les passages les plus lourds.
S’il fallait retenir un morceau capable à lui seul de résumer cette approche, mon choix se porte sans hésiter sur “No Color”, véritable coup de cœur. Son introduction presque introspective installe immédiatement une atmosphère captivante qui ne cessera d’évoluer au fil des minutes. Puis apparaît le premier invité de l’EP, et pas des moindres : Tim De Gieter (Doodseskader, ex-Amenra). Ses passages rappés s’intègrent avec une fluidité déconcertante avant que ses cris ne viennent brutalement déchirer cette atmosphère jusque-là contenue. Le contraste est saisissant et fonctionne à merveille. Entre retenue et explosion, le morceau ne cesse de gagner en ampleur jusqu’à son final particulièrement habité, démontrant toute la maîtrise de Messalina lorsqu’il s’agit de jouer entre les dynamiques et les contrastes.
L’approche continue avec “Cold As Before”, plus retenu en apparence, le morceau laisse davantage respirer ses mélodies tout en conservant une sensation permanente de pression sourde. Les guitares semblent flotter dans un état second tandis que la section rythmique avance avec assurance, guidant l’auditeur jusqu’à un final qui libère progressivement tout ce qui avait été accumulé auparavant. Cette parenthèse plus contemplative apporte du relief à l’ensemble sans jamais rompre sa cohérence.
Après cette parenthèse, le décor change : “Narrow Chase” résonne plus moderne et rythmique, parfois traversé de textures électroniques portées par la collaboration avec Kabbel. Ce morceau enrichit la palette de Messalina. Loin de détourner le groupe de sa trajectoire, cette rencontre vient au contraire élargir son horizon et démontre une nouvelle fois sa capacité à absorber différentes influences tout en renforçant sa propre identité.
Plus sombre et plus heavy, “A Cross” dévoile une autre facette de l’univers de Messalina. Les influences post-metal s’y montrent davantage affirmées tandis qu’une agressivité plus marquée s’installe progressivement, sans jamais rompre ce subtil équilibre entre lourdeur et mélancolie qui constitue le fil conducteur de l’EP. Une teinte obscure vient alors compléter ce paysage sonore déjà particulièrement riche.
La toile se conclut (déjà et trop rapidement) avec “Born Again” aux côtés de Raven van Dorst de DOOL. Une collaboration qui paraît presque naturelle tant les univers des deux formations semblent dialoguer avec une telle évidence. Les guitares gagnent encore en ampleur, la basse et la batterie se montrent particulièrement imposantes tandis que la voix de Raven apporte une dimension crépusculaire et contemplative à ce grand final. À l’image des derniers coups de pinceau venant achever une œuvre, le morceau rassemble les différentes nuances explorées auparavant et les synthétise avec une remarquable cohérence qui résume parfaitement l’équilibre recherché entre puissance, mélancolie et émotion.
Cette idée de diversité et de nuance traverse d’ailleurs l’intégralité des six morceaux composant “Golden Wounds”. De plus, la présence de Tim (Doodseskader), Kabbel et Raven (DOOL) participe pleinement à la richesse de l’EP. Ces collaborations, nées de rencontres et d’amitiés construites au fil des tournées, semblent presque évidentes tant elles s’intègrent naturellement à l’univers de Messalina. Chacun apporte sa propre sensibilité, sa propre nuance, venant enrichir un paysage sonore déjà particulièrement cohérent.
Difficile également de ne pas penser par moments aux paysages mélancoliques et désolés de Hangman’s Chair ou à certaines envolées plus aériennes rappelant Deftones. Pourtant, loin de se contenter d’emprunter des chemins déjà balisés, Messalina utilise ces influences comme des points d’appui pour développer sa propre personnalité. Elles sont perceptibles mais jamais envahissantes, tant le groupe parvient à les intégrer avec naturel à son univers.
Si les collaborations enrichissent l’expérience, la véritable colonne vertébrale de l’ensemble repose avant tout sur ses compositions et sur une section rythmique très solide. À la basse, Alexis Fedunizin, épaulé par la batterie de Rémi Serafino, porte constamment les morceaux, leur donnant ce caractère lourd, organique et immersif qui constitue l’une des grandes forces de ces compositions. Derrière les guitares épaisses apparaissent régulièrement des respirations mais plus lumineuses qui empêchent l’ensemble de sombrer dans une noirceur uniforme. Tout semble parfaitement maîtrisé, sans jamais paraître calculé.
Cette cohérence doit également beaucoup à une production tout aussi soignée. Mixé au Studio du Vieux Couvent par Jimbo Goncalves, connu notamment pour son travail avec Igorrr, le disque a ensuite été masterisé par Thibault Chaumont au Deviant Lab. Ce dernier a notamment travaillé aux côtés d’artistes aux univers marqués tels que Carpenter Brut, HEALTH ou encore Ulver. “Golden Wounds” bénéficie ainsi d’un son ample, organique et remarquablement équilibré. Chaque instrument dispose de l’espace nécessaire pour s’exprimer pleinement, renforçant encore cette impression de voyage entre ombre et lumière.
Si je devais formuler une réserve, elle concernerait peut-être l’architecture de certaines compositions. Plusieurs morceaux reposent sur une mécanique similaire : une montée progressive, une accumulation des émotions puis une libération finale intense. Cette formule fonctionne particulièrement bien mais on aimerait parfois voir ses contours davantage bousculés. À moins que cette manière de construire la tension et de jouer constamment avec les crescendos ne constitue déjà l’une des signatures les plus séduisantes de Messalina.
Six titres, près d’une demi-heure de musique et déjà une identité remarquablement affirmée. Là où certains premiers EP cherchent encore leur voie, “Golden Wounds” dévoile un univers déjà remarquablement construit et particulièrement prometteur. Le quatuor possède déjà toutes les cartes en main et semble savoir exactement comment les assembler. Carte après carte, morceau après morceau, la toile se complète jusqu’à révéler toute l’étendue de l’univers imaginé par Messalina : un paysage sonore riche en nuances et en émotions, mais surtout terriblement addictif, dont il devient difficile de sortir une fois l’écoute terminée.