Par Ale – Le 31 Octobre 2026
Priest revient avec son nouvel album : « Altered State Police ». Le cinquième en moins de dix ans, mais aussi l’occasion de tourner la page, de clôturer un chapitre pour mieux entamer le suivant. Un album qui va plus loin dans les sonorités abordées sur Chaos, et ressort des cartons celles abordées sur « Cyberhead ». Le tout donnant un album avec 2-3 titres bien péchus et dansants, mais une bonne grosse dose de sensibilité et de délicatesse aussi. On a bien retrouver Mercury, deux ans après « Dark Pulse », pour qu’il nous parle un peu de cet album transitoire pour le trio.
Cult Of Metal : Tout d’abord, félicitations pour la sortie d’Altered State Police » ! Cet album paraît assez différent en comparaison au passage entre « Body Machine » et « Dark Pulse »… Je dirai que la moitié des chansons m’ont plutôt rappelé le mésestimé « Cyberhead » ! Vous évoquiez dans la précédente interview que nous avons réalisée ensemble que les fans n’avaient pas compris cet album, mais qu’il finirait par retrouver ses lettres de noblesse. Vous le pensez toujours ? Est-ce pourquoi un gros bout d’Altered State Police » sonne plus fragile, plus vulnérable… plus « Cyberhead-esque » ?
Mercury : Je suis sûr qu’il y a une connexion entre les deux albums. J’entends beaucoup de fans dire que « Cyberhead » est leur album préféré aujourd’hui, donc je suppose que j’avais raison quelque part. La différence majeure c’est qu' »Altered State Police » a des paroles moins retravaillées et plus de breakbeats. Mais je vois des similitudes dans les thématiques que nous abordons dans les paroles des deux albums aussi.
De cette même interview, je me souviens que vous évoquiez la perception des trois derniers albums comme une trilogie (Body Machine/Dark Pulse/Altered State Police). Mais comme je disais dans ma précédente question : « Altered State Police » paraît assez différent. Est-ce que vous considérez toujours vos trois derniers albums comme un tout unique, ou avez-vous changé d’avis entre temps ?
Je dirai que la trilogie c’est « Body Machine », « Dark Pulse » … et l’EP « Chaos » ! Les trois albums ont « Mercury 3 » comme chanteur et frontman et le titre « Tria Prima 3 » est sensé clore l’EP et le chapitre. Bien qu’on s’y soit pris un peu tard, on a présenté Mercury 4 avec « ASP », donc je dirai que nous sommes déjà sur de nouvelles bases.
Bien sûr, « ASP » n’est pas QUE la version 2.0 de « Cyberhead »… Je suis personnellement très heureux que la dimension « big beat » et autres influences électro des années 1990 ont été revisitées plus profondément après le génial « World On A Wire » sur « Chaos ». C’est ce qui est le plus intéressant avec Priest : chaque album est toujours distinctement vôtre, mais en piochant dans divers genres sombres ci et là. « Jeopardize » et « Minions » ont cette énergie selon moi. Comment vous sélectionnez les genres qui vont bénéficier de la « Priest touch » ? Surtout alors que vos sons ont jusqu’alors été plutôt biberonnés aux 80s ?
Merci beaucoup, tu as compris le principe ! On ne veut pas stagner et s’enfoncer dans un moule précis, et devenir nous-mêmes nostalgiques. Nous souhaitons nous développer et apprendre de nouvelles choses aussi, même si Priest est surtout un mix d’influences personnelles de styles avec lesquels j’ai grandi : la synthpop, l’indus, et la scène électronique britannique des années 90. En écoutant « Populist » sur notre premier album « New Flesh », on peut entendre un clin d’oeil à « Hey Boy, Hey Girl » des Chemical Brothers, donc je pense que l’influence a toujours été là. Elle est juste plus présente et évidente maintenant. A l’avenir, nous tenterons d’être plus expérimentaux et d’utiliser des technologies plus récentes, peut-être des synthèses plus complexes.
Je reviens à l’idée des chansons plus douces, comme la plage tutélaire ou le bien-nommé « Sentimental ». On dirait que le chant est plus fragile, plus vulnérable cette fois. Il y a quelques refrains plus explosifs, mais Mercury ne paraît pas aussi fou, colérique ou puissant que sur d’autres albums. Je dirai que l’ensemble paraît plus… délicat ! Nous avons toujours eux des titres plus sensibles par le passé, mais seul « Cyberhead » peut rivaliser avec l’ambiance paisible et cristalline de « Finally Here Comes The Light » ou « Savior’s Blade ». Avez-vous trouvé la paix intérieure ? Étiez-vous dans un état plus émotif en réalisant « ASP » ?
Oui, le chant est clairement plus diversifié et je tente d’explorer ce que je peux encore faire avec ma voix. Je pense que je vais continuer à apprendre ce que ma voix est capable de faire, et m’améliorer encore. Et oui, même si des chansons comme « The Savior’s Blade » et « Here Comes The Light » ont des paroles plutôt sombres, c’était nécessaire de lécher du lest emmagasiné lors de la dernière décennie. Des idées inachevées notamment. C’était nécessaire pour aller de l’avant. Je crois que travailler sur le prochain disque sera plus paisible, sans avoir la sensation de devoir prouver notre valeur. On fera ce que l’on aura envie de faire.
Avec la sortie de « Dehumanized » qui est (je présume?) le dernier single, en tout cas le dernier avant la sortie de l’album, je me demande si vous avez fait exprès de sortir les sons plus costauds d’emblée, pour laisser les chansons plus tendres et poétiques à découvrir sur le disque. Je suppose que ça rejoint un peu ma première question, mais aviez-vous peur de sortir un single plus posé ? Est-ce que le plus important c’est de faire danser les fans ?
Ouais, il faut annoncer un nouvel album avec un tube ! Je suis sûr que 100% de nos fans aiment les chansons plus énergiques, alors que 80% peut-être aiment aussi les chansons plus soft. On trouvait aussi que « Python » et « Minions » représentaient mieux l’album thématiquement. C’était mieux de sortir celles-ci avant de plonger plus profondément dans le cœur de l’album.
J’ai personnellement découvert Priest aux tout débuts, avec la sortie de « New Flesh » … et je pense que pas mal de fans sont dans le même cas. Je connais l’histoire derrière le changement de line-up qui a suivi, et je comprendrai si le sujet était un peu délicat… Mais est-ce que vous envisageriez de réexplorer certains des genres ou thématiques de ce premier album ?
Ce n’est pas du tout un sujet délicat ! Mais pour être franc, je n’entends rien de vraiment différent sur « New Flesh », à part le chanteur évidemment. Les trois albums qui ont suivi ont été construits par les mêmes personnes, c’est à dire Simon Söderberg et moi-même. On a programmé et enregistré l’ensemble sur presque le même set de synthés, à part sur « Cyberhead « où nous avons été un peu plus vintage. OK, on est peut-être plus franchement dans les 80s sur ce premier album… mais pour répondre à ta question, nous sommes peut-être un peu lassés de tous ces groupes synthwave et assimilés qui continuent d’apparaitre… On gardera la même mentalité, mais on veut vraiment prendre une direction différente.
Une observation un peu triviale, mais la pochette de l’album semble presque… hors-sujet ! C’est la première fois que l’on ne voit pas Mercury sur la jaquette. Je dirai même que ce scorpion brillant paraît presque solitaire en comparaison aux couleurs vives de « Body Machine » ou l’arrière-plan détaillé de « Dark Pulse ». Comment est né cet artwork ? Pourquoi est-il si différent du reste de votre discographie ?
On voulait une pochette qui puisse être enregistrée en une demi seconde. On a tenté de le rendre plus complexe, tu peux me croire, mais ça ne fonctionnait tout simplement pas. Nos esquisses se retrouvent dans le livret du CD et à l’intérieur de la pochette du vinyle… mais c’est la simplicité qui a gagné. On peut imaginer que ce scorpion se prépare à contre-attaquer le passé qui nous hante et façonne notre futur. Peut-être qu’il représente ces vieux démons qu’il faut combattre afin de se libérer soi-même ?
Le clip de « Python » m’a rappelé celui de « My Lonely Heart » ou celui de « Burning Love », bien que ce soit principalement dû aux effets distordus et « glitchés ». De ce que j’en comprends, les morceaux ne sont pas forcément très liés cependant, que ce soit musicalement comme thématiquement. Est-ce qu’il y a une raison au fait que ces effets visuels se retrouvent au sein de plusieurs clips ? Ou bien est-ce que c’est juste cool ?
Le rendu est cool ! On est un groupe très DIY, et nous avons rarement le temps de pouvoir tout gérer. On fait de notre mieux pour produire un clip intéressant et qui va bien avec ce que l’on essaye de dire. Je vais davantage porter la casquette de réalisateur à l’avenir, et nous comptons prendre plus de temps avant d’annoncer notre prochain album. Ce sera la première fois depuis « New Flesh » où nous pouvons prendre plus de deux ans pour nous consacrer à une sortie, et je suis impatient de pouvoir m’atteler à la réalisation d’un concept travaillé, de pouvoir prendre des photos et faire des vidéos avant de lancer réellement la période de promotion du futur album. Un vrai luxe !
Plus sérieusement vis-à-vis du clip de « Python »: j’imagine qu’il est plus évident (et plus intéressant) de dresser des parallèles à des oeuvres cyberpunk majeures comme Videodrome, Psycho Pass ou Cyberpunk 2077 pour ne citer que quelques exemples connus … Videodrome étant le plus évident compte tenu de tous les écrans présents dans le clip ! Je me trompe peut-être, mais je n’ai pas l’impression que les albums précédents étaient aussi ouvertement politiques ? Jumpy et énergiques, poétiques et emprunt d’émotion, sexy et agressif en même temps… mais pas forcément très critiques de notre société, même si la synth et ses dérivés sont souvent associés aux esthétiques cyberpunk de nos jours. Mais je suis passé à côté de certaines paroles peut-être…
Nous étions peut-être légèrement politisés avec « Populist » … Mais ça ne nous intéresse pas du tout de dévoiler nos opinions personnelles, donc si on plonge dans ces eaux hasardeuses, c’est parce que l’histoire ou le contexte d’une chanson l’exige. Pour « Minions » par exemple, il ne faut pas croire que c’est forcément la réelle perception du groupe. Mais tout ce que l’on voit, tout ce que nous faisons est politique. C’est important de connaître où va notre vote, et comment cela peut impacter notre quotidien. Au delà du grand spectacle que l’on peut voir à la télévision ! Je pense que tout le monde devrait passer au baromètre, de tester où son vote devrait aller en adéquation avec ses valeurs.
OK, dernière question sur le clip de Python, promis ! Vous avez sélectionné des vidéos envoyées par vos fans pour les utiliser dans le clip : quels étaient les critères pour y apparaître ? Comment avez-vous choisi quel extrait méritait d’être retenu ou non ? En considérant le thème du morceau, des vidéos plus glauques auraient très bien fonctionné… mais aviez-vous des limites ?
Nous avons essayé d’inclure l’ensemble des vidéos qui nous sont parvenues, mais malheureusement pas toutes, principalement pour des raisons de timing. Le pitch était de s’afficher en train d’être filmé par son téléphone en secret… mais il n’y avait aucune autre indication ou contrainte. L’un des clips retenus montre un suédois tout nu par exemple.
Je me souviens qu’un clip était prévu pour « Dungeon Dance » à une époque, avec toute une chorégraphie ! Qu’est-il arrivé à cette idée ? Est-ce que vous avez été pris par la réalisation d' »ASP » ? Est-ce que l’idée n’a pas fonctionné ?
C’est vrai ! La chorégraphie était prête, mais nous n’avions ni le temps ni le budget d’aller plus loin avec un clip.
Je reviens à l’autre single qui a eu droit à son clip tout récemment : « Dehumanized » ! Je suis peut-être trop terre-à-terre, mais le clip paraît très sexuel, très codé BDSM. Ce n’est pas très étonnant venant de Claudio Marino… « Demon’s Call » et « Obey » n’avaient pas des clips tout-public non plus ! Mais j’ai lu la description du clip rédigé par le groupe lui-même : « cette chanson est dédiée à tous les survivants, mais aussi la multitude de victimes de personnes narcissiques ». N’avez-vous pas peur que le public retienne le mauvais message du clip ?
Il nous fallait un clip de toute urgence, et Claudio était disponible. Il fait toujours du très bon travail et c’est facile de bosser avec lui. On voulait aussi montrer nos nouveaux masques et costumes de scène, et ils étaient à peine prêts pour le tournage. On a dû bricoler un petit peu en jouant avec notre manque de temps… Mais oui, une part significative de nos fans proviennent de la scène BDSM, on s’est dit qu’on allait leur rendre un petit hommage. Pour les autres, ça peut paraître un peu forcé, mais on espère qu’ils perçoivent ce côté edgy de manière positive. Le clip est « très Claudio » et on adore ça ! Mais je crois aussi que les gens qui connaissent Priest savent que nous avons plusieurs facettes et beaucoup de profondeur. Je crois que le clip possède plusieurs niveaux de lecture.
Puisqu’on évoque Claudio Marino : c’est un collaborateur régulier de Priest depuis plusieurs années maintenant, comme nous le disions. Il a l’air d’être presque le quatrième membre caché de Priest, ou en tout cas il fait partie de la famille ! Est-ce que c’est devenu un « rituel » de faire appel à lui sitôt qu’un album sort ? Est-ce que vous lui donner encore des instructions précises ou bien est-il libre de filmer ce qu’il veut ?
Pour « Dehumanized », Claudio a eu carte blanche, mais il s’est basé sur le concept de Scott Sommer, un ami qui a eu une vision très précise de ce qu’il verrait comme clip pour accompagner la chanson une fois qu’il l’a entendue pour la première fois. Comme j’évoquais, nous aimons travailler avec nos amis, et je préfère m’en tenir aux personnes en qui j’ai confiance. Tant qu’il n’y a pas de bonne raison d’aller voir ailleurs.
Pour finir, on dirait que c’est la fin d’une ère pour Priest. La trilogie est bouclée (même si tu me disais que c’était déjà le cas depuis Chaos!), on a eu droit à un retour de la sauce Cyberhead, et vous avez même fait une interview à visage découvert tout récemment. Vous avez aussi sorti cinq albums et deux EPs (ainsi qu’un album live et quelques singles en plus) en moins de dix ans. Une pause serait mérité, de même qu’une belle célébration pour les dix ans de « New Flesh »… Qu’est-ce qui est prévu pour le futur de Priest ?
La fin d’une ère, ou un retour à la case départ peut-être. Je vois ce « Altered State Police » comme le bouquet final de l’histoire débutée sur « New Flesh ». Les deux bouts se rencontrent enfin et après la fin de notre tournée, il sera temps d’explorer de nouvelles idées… Dieu sait dans quelle direction ! Mais ceci étant dit, nous sommes vraiment heureux de pouvoir présenter ce nouvel album au grand public. On espère que vous l’apprécierez autant que nous.
Merci beaucoup et courage pour votre tournée qui débute tout bientôt !
Merci beaucoup !