Par Alice – Le 01 Juillet 2026

Après leur signature chez Les Acteurs de l’Ombre Productions l’année dernière et la sortie de la réédition « Euch’Mau Noir bis « en février, Galibot nous présente son second effort avec « Catabase”. Un album né de la mue du trio en quintet, entre expérimentation et remise en question. Thomas et Agathe reviennent sur ces évolutions et creusent davantage au fil des questions les thématiques élargies de ce nouveau chapitre, jusqu’à sa remontée…

Pour commencer, pouvez-vous présenter Galibot, de ses origines jusqu’au quintet que vous êtes aujourd’hui ?

Thomas : Dans cette chambre où je me trouve, nous avons eu l’idée de créer un groupe dont la thématique serait l’industrie minière dans tout ce qu’elle a de plus infernal et la matière du charbon dans tout ce qu’elle a de plus sale. Nous nous sommes dit que le Black Metal trouverait parfaitement écho dans cette métaphore. J’ai commencé de mon côté à enregistrer quelques sessions de guitare et de batterie, puis Agathe est venue ajouter sa touche au chant et Clément à la basse. C’est ainsi que nous avons composé une démo, « Wallers-Arenberg » (2022), c’est notre toute première parution. Ensuite, nous avons notre premier album « Euch’Mau Noir », enregistré par Julian au Minotaure Studio, qui a d’ailleurs rejoint le groupe plus tard en tant que guitariste lorsque nous avons signé chez Les Acteurs de l’Ombre Productions en 2025. Nous sommes ainsi passés de trois à cinq membres, avec également l’arrivée de Robin à la batterie. Depuis, nous avons sorti « Catabase » et accueilli un nouveau batteur, Christopher, qui assure désormais l’intégralité des concerts. Agathe, tu vois quelque chose à rajouter ?

Agathe : C’est bien résumé. Je pourrais simplement ajouter les dates : nous avons commencé à l’été 2022 et le line-up complet était véritablement en place au début de l’année 2025.

Vos visuels, votre nom, vos textes : tout rend hommage à ce passé minier et à votre région. J’imagine que c’est une thématique qui vous touche personnellement, mais avez-vous également dû effectuer un travail de recherche pour l’intégrer à votre musique ?

Thomas : Exactement ! Comme tu le soulignes, c’est une thématique qui nous touche personnellement, pourquoi ? D’une part parce que nos grands-parents et arrière-grands-parents étaient soit mineurs, soit liés à l’industrie minière. Je prends l’exemple de mon grand-père : il n’était pas mineur, mais il travaillait pour les ambulances des mines. Tandis que les grands-parents de Clément et de Julian, par exemple, étaient quant à eux envoyés à la fosse. Nous avons donc tous une fibre familiale et intime reliée à cet héritage, au-delà du fait que nous habitons tous le bassin minier. Pour ma part, j’habite juste en face du site minier de Wallers-Arenberg donc nécessairement cela influence notre façon de considérer cette industrie. Et oui, il a fallu effectuer des recherches. Bien sûr, nous avons tous reçu une certaine éducation autour de cette histoire, à travers l’école mais aussi notre parcours personnel et culturel. Cependant, pour que les textes soient les plus qualitatifs possible et que chaque morceau raconte une histoire différente, nous allons également puiser dans la littérature, dans le cinéma ou encore, comme ce fut le cas pour « Catabase », dans la mythologie.

Je creuserai un peu plus tard tout cet aspect thématique. Pour revenir au processus de création, vous êtes passés de trois à cinq membres. Comment cette évolution a-t-elle influencé votre façon de composer ? Est-ce que cela a changé votre manière de travailler ou même votre vision de Galibot ?

Thomas : Agathe pourra compléter la réponse par la suite. Au départ, j’écrivais les compositions de Galibot de A à Z, parfois avec quelques idées qui pouvaient venir des autres. En revanche, « Catabase », c’est véritablement la réunion de nos cinq cerveaux et de nos cinq sensibilités musicales. C’est sans doute pour cela qu’il y a autant de diversité dans les morceaux : on va parfois chercher des influences plus hardcore, plus punk, et tout cela mélangé donne un album différent et diversifié. La méthode de travail est restée à peu près la même. J’arrivais généralement avec de grosses bases de riffs, voire des morceaux presque aboutis. Ensuite, nous échangions ensemble : « ça, c’est bien », « ça peut être amélioré », ou encore « ça, ça ne fonctionne pas ». Quand une idée semblait intéressante, nous cherchions comment l’enrichir. Je pense notamment au morceau « Pénitent », sur lequel sont venus se greffer des passages proches du breakdown qui n’étaient pas forcément présents dans mon idée initiale.

Et puis il y a aussi des morceaux que nous avons tout simplement abandonnés. Nous commencions à les écrire puis nous nous rendions compte que nous ne savions pas vraiment où ils allaient. Lorsque nous travaillons, nous avons besoin de nous créer des images, une atmosphère, de savoir à peu près quelle thématique ou quelle émotion nous voulons transmettre à l’auditeur. Si nous sommes incapables de répondre à cette question, nous préférons laisser tomber. Peut-être que nous y reviendrons dans quelques années en nous disant que ce n’était finalement pas une mauvaise idée, mais simplement pas pour cet album. Et puis je pense que c’est là qu’Agathe a son mot à dire au niveau du chant, car elle jouait aussi toute sa carte.

Agathe : Quand nous avons commencé l’écriture et la composition de « Catabase », Thomas avait déjà des croquis et des bases aussi bien en termes de compositions que de textes. Il a d’ailleurs encore beaucoup écrit sur l’album. Mais de mon côté, j’ai également pu être davantage présente dans le processus d’écriture. J’ai écrit quelques textes, apporté des choses supplémentaires et, au final, je me suis beaucoup plus approprié cet album que « Euch’Mau Noir ». Au moment de travailler les « toplines « , c’est-à-dire les lignes vocales, les textes ont également été remaniés et adaptés pour que je puisse les interpréter davantage à ma manière sur les morceaux. Cela m’a permis de faire évoluer mes techniques vocales. Sur « Euch’Mau Noir », j’avais un chant plus monocorde, alors que pour Catabase, avec l’aide de Julian, notre guitariste qui gère également le Minotaure Studio où nous enregistrons, nous avons pu travailler ensemble afin d’élargir mon panel de techniques vocales. L’enregistrement a justement été l’occasion d’explorer davantage cet aspect-là.

Thomas : Et je rajouterais une dernière petite chose à laquelle je pensais pendant que tu parlais, Agathe. Sur cet album, nous avons aussi joué une carte importante : celle de l’expérimentation. Cela s’est traduit de deux façons. La première, c’est que nous nous fichions d’être purement Black Metal. Ce que nous voulions avant tout, c’était trouver quelque chose qui sonne juste, un son qui nous paraisse efficace et qui fasse sens pour nous. C’est pour cela que certains riffs peuvent parfois presque sonner Heavy Metal et d’autres sont beaucoup plus punk. Du moment que cela fonctionnait, c’était parfait. La seconde dimension de cette expérimentation, c’est qu’à chaque étape nous nous demandions : « Est-ce que nous n’avons pas déjà fait ça ? ». Que ce soit sur « Euch’Mau Noir » ou sur les premières compositions de « Catabase », nous n’hésitions pas à balayer certaines idées pour aller chercher plus loin. Nous sommes allés explorer des gammes de notes dont nous avions moins l’habitude, et je pense que c’est aussi la magie de travailler à cinq plutôt que seul. Il y a davantage de remise en question sur ce que l’on écrit et davantage de regards pour pousser les compositions plus loin.

L’approche est intéressante. On constate que l’album est plus diversifié et surtout plus aérien. On ressent davantage de passages mélodiques et la voix claire, que nous n’avions entendue que sur un seul morceau avant « Catabase », est également plus présente. Est-ce quelque chose qui s’est créé naturellement lorsque vous avez mis vos différentes influences en commun ?

Thomas : C’est exactement ça. Tu parles notamment des passages plus aériens. Il faut savoir qu’à l’époque de la composition de « Euch’Mau Noir », je n’avais tout simplement pas les compétences pour jouer ce genre de choses à la batterie. Une partie des rythmiques avait donc été programmée au clavier et n’étant pas batteur, je n’avais pas forcément cette sensibilité pour imaginer des rythmes plus variés. Je faisais beaucoup de blasts, tout était assez « autoroute » dans l’approche. Pour « Catabase », nous nous sommes rendu compte qu’il fallait davantage jouer sur les contrastes, avec de gros coups d’accélération mais aussi de gros coups de frein. Ces respirations créent justement ce côté aérien dont tu parles. Quand la musique s’arrête brutalement ou s’allège soudainement, tout paraît plus grand, plus ouvert, plus grandiose et ça c’était notamment l’initiative de Julian et de Robin.

Concernant la voix claire, Agathe pourra sans doute t’en témoigner davantage, mais nous avons tous eu conscience que le passage en voix claire sur la fin de « Barbara » présent sur « Euch’Mau Noir » faisait mouche. On s’est donc dit qu’il fallait essayer d’intégrer davantage cet élément, sans que cela ne fasse non plus de nous un groupe de Black Metal avec de la mélodie au sens Epica (rires). L’idée, c’est surtout de garder ces passages par petites touches, avec parcimonie, lorsqu’ils sont réellement souhaités et qu’ils apportent quelque chose au morceau.

Agathe : En fait, avec un peu de recul, nous nous sommes rendu compte que sur « Euch’Mau Noir », on ne respire jamais vraiment. C’est du tout droit, du Black Metal qui reste mélodique mais aussi assez raw. Cela a son public, bien sûr, mais sur un morceau comme « Barbara », nous avons constaté qu’il avait beaucoup marqué les auditeurs. Ce que les gens relevaient souvent, c’est justement qu’il apportait un peu d’air à l’album. Et comme c’est un morceau que nous aimons beaucoup nous aussi, nous avons eu envie d’apporter davantage de diversité et de respiration sur « Catabase »

Thomas : Et quand tu écris un album, c’est un peu la même chose que lorsque tu choisis une setlist pour un concert. Il y a un choix très délicat à faire : celui de l’enchaînement des morceaux. Pour deux raisons. La première, c’est la cohérence de ce que tu racontes, d’autant plus que nous sommes partis sur un album concept dont nous reparlerons peut-être après. Mais il y a aussi la cohérence de l’énergie. Si tu fais s’enchaîner plusieurs morceaux à je ne sais combien de BPM, puis que d’un seul coup tu enchaînes plusieurs morceaux très lents, ce n’est pas forcément intéressant. J’aime bien le dire comme ça : c’est un peu le côté Indiana Jones et le Temple maudit (rires). On est dans une sorte de montagnes russes où il faut des moments très forts, très imagés, mais aussi des passages qui respirent davantage. L’idée, c’est que chaque morceau ait sa propre identité tout en restant cohérent avec l’ensemble.

Justement, c’était ma prochaine question. L’album est divisé en deux parties. On ressent vraiment cette première moitié où l’on est enfermé dans la mine, puis une seconde où l’on remonte progressivement à la surface pour découvrir davantage le folklore, l’histoire de la région et tout ce qui gravite autour. Comment avez-vous construit cette dualité ?

Thomas: C’est une très bonne question que tu poses, parce que c’est vraiment le cœur de l’album. Merci de le souligner. Quand nous nous sommes lancés dans l’écriture de l’album, nous avons très vite établi un point : notre thématique peut aussi nous enfermer. Nous ne la rejetons pas, nous n’avons pas envie d’en changer dans l’immédiat, mais nous n’avons pas envie non plus que, le jour où nous irons peut-être chercher un peu plus loin, où nous élargirons les frontières du Nord, les gens se disent : « Tiens, Galibot ne fait plus ce qu’il faisait avant. »Déjà, c’est nous qui choisissons ce que nous faisons, ce n’est pas le public directement. Nous proposons quelque chose et les gens le saisissent ou non.

Mais ce que nous voulions, c’était tout de suite poser les bases du fait que nous ne sommes pas le groupe de Black Metal minier. Nous sommes un groupe de Black Metal du Nord de la France qui explore la thématique souterraine en général. Finalement, quand j’ai commencé à écrire la première moitié de l’album autour de cette volonté de catabase, de descente, je me suis dit qu’il fallait forcément remonter. Et à partir du moment où l’on fait ce choix, c’est un parti pris qui nous permet d’ouvrir le récit à tout ce qui se passe à la surface. Tu parlais du folklore, effectivement, mais cela permet aussi d’aller plus loin. On ne l’a pas encore évoqué, ce sera peut-être dans de prochaines compositions : l’industrie minière en Pologne, au Brésil, en Afrique du Sud… Il y a beaucoup de sujets à saisir. Et puis, on peut aussi flirter avec le fantastique, c’est-à-dire partir d’un récit qui peut paraître, dans un premier temps, historique et régional, puis l’emmener ailleurs.

Maintenant, pour être plus pragmatique sur la question : comment a été construit l’album ? Le morceau « Catabase », c’est vraiment la descente du héros en enfer. Ici, le héros va avoir une série de tableaux de ce qu’il peut se passer dans le monde souterrain. Puis il y a la remontée. Et ce que nous voulons montrer à travers celle-ci, c’est que le monde de la surface est finalement aussi pourri que le monde des profondeurs. Parce que tout ce mal, toute cette noirceur, infusent jusqu’à l’extérieur et viennent pourrir, gangréner les racines et l’écorce de la Terre, à la surface. À partir de ce postulat-là, nous avons vraiment construit un album concept.

Le dernier morceau, « Mesektet », est peut-être le plus difficile à comprendre et à appréhender parce que l’on flirte vraiment avec le mysticisme, en l’occurrence le mysticisme égyptien. J’étais très sensible à la légende de Rê qui voyage avec sa barque en journée dans le ciel, donc le soleil, et la nuit, il passe dans le monde souterrain pour aller affronter les entités obscures. Je me suis dit qu’il y avait quand même quelque chose de parallèle avec le mineur et l’industrie minière, notamment avec les équipes de nuit. Ces mineurs essayaient, la journée, de maintenir la maison à flot avec la famille. Puis, le soir venu, il fallait aller sous terre affronter ces forces obscures. Finalement, le dernier morceau nous replonge une dernière fois sous la terre avec « Mesektet ». Au final, il y a vraiment quelque chose de circulaire dans la façon dont nous avons construit l’album.

C’est super intéressant. D’ailleurs, dans les notes autour de « Mesektet », il est indiqué que le morceau est écrit du point de vue de la femme d’un mineur. C’est donc la première fois que vous quittez le regard du mineur pour raconter votre histoire à travers les yeux d’un personnage extérieur ?

Thomas: Exactement ! Dans tous nos morceaux, nous avons rarement parlé à la première personne. Ce n’est pas une volonté particulière, je pense que c’est simplement un style d’écriture qui s’est imposé comme ça. Et là, je me suis dit que, sur un dernier morceau qui peut être aussi déchiré que déchirant, ce serait intéressant d’avoir le regard extérieur d’une personne qui n’est pas directement envoyée au fond de la mine. Elle mélange donc la réalité de ce qu’elle connaît de ce métier avec tout le côté fantastique de ce que l’on imagine autour de celui-ci. Et là, Agathe, c’est un compliment que je te fais : tu l’as interprété avec brio. Il y a des cris déchirants. D’ailleurs, je pense qu’on peut le dire, quand nous avons enregistré les pistes témoins, tu avais une façon de crier, une façon de mettre de l’émotion dans la voix que nous n’avons jamais réussi à retrouver lors de la captation finale. Au final, il y a donc des passages que nous avons directement extraits de ces pistes, c’était la première fois que tu les chantais, c’est bien ça, Agathe ?

Agathe : Oui. Il y a quelques phrases lorsque nous avons enregistré les prises finales, je n’ai pas réussi à retrouver exactement la même émotion, en partie oui, en partie non. Pour certaines phrases, nous avons donc repris les démos, qui avaient été enregistrées de manière suffisamment qualitative, heureusement. Nous avons donc pu les réutiliser dans la version finale parce que nous trouvions que l’émotion y était plus intense et plus juste.

Alors, je n’ai pas regardé vos dernières setlists, mais est-ce que « Mesektet » est un morceau que vous envisagez de jouer en live ou est-il encore trop technique à mettre en place ?
Comment avez-vous construit cette dualité ?

Thomas: En fait, c’est surtout une question de technicité. Quand nous parlions d’expérimentation, il faut savoir que nous avons l’habitude de composer à deux guitares. Là, je crois que nous avons quatre couches de guitares différentes. Ce n’est donc pas impossible à jouer, mais comme nous ne sommes que deux guitaristes sur scène, il faudrait prévoir des backing tracks. C’est davantage une question de mise en place que de faisabilité. C’est d’ailleurs pour cela qu’aujourd’hui nous ne le proposons pas encore en live. Mais je pense que ce serait vraiment cool de pouvoir la jouer parce que, au même titre que « Barbara », elle propose un final assez grandiose. Je pense que « Mesektet »trouvera sa place dans notre set, tôt ou tard.

Je rebondis sur les paroles, comme tu le disais tout à l’heure, c’est une thématique très riche, mais qui pourrait aussi, à terme, s’épuiser. Pour continuer à la nourrir, est-ce que vous pensez aller chercher vos ressources encore plus loin que la littérature, le cinéma ou la mythologie ? Je pense par exemple à Sabaton, qui est allé recueillir des témoignages, ce qui leur a permis d’aborder des histoires encore plus de niche. Est-ce que c’est une approche que vous aimeriez explorer ?

Thomas : Oui. Alors, tu parles des témoignages, mais finalement, nous les avons presque au quotidien quand on rencontre les différentes personnes qui ont inspiré les morceaux. Je pense à nos voisins qui ont travaillé dans les mines et qui ont aujourd’hui 90 ans, à nos grands-parents… C’est aussi ce que nous avons fait sur « Euch’Mau Noir Bis », avec le témoignage de vive voix d’un mineur, chargé d’émotion, sur le titre « Le Galibot ». Pour moi, la littérature, c’est une porte assez évidente. Il suffit d’acheter un livre, de faire des recherches sur Internet sur une thématique qui t’intéresse et de le lire. Mais je pense qu’on va plus loin, à travers les différentes visites que nous pouvons effectuer sur les sites miniers. Et puis, à chaque fois que quelqu’un découvre quelque chose d’intéressant, on le partage tous ensemble dans notre groupe Messenger. Je pense qu’il n’y a vraiment pas de limite aux ressources à utiliser, d’autant plus que nous sommes directement sur le territoire dont nous parlons.

Tu parlais de Sabaton. Je ne sais pas s’ils vont forcément aller chercher directement dans les régions dont ils racontent les faits. Par exemple, pour le Brésil, ils ont fait un morceau sur un commando brésilien (NDLR : « Smoking Snakes », inspiré de la Force expéditionnaire brésilienne durant la Seconde Guerre mondiale). Je ne sais pas s’ils sont allés jusqu’au Brésil pour faire leurs recherches. Nous, nous avons déjà cette chance d’être sur les terres dont nous parlons. J’ai aussi la chance d’exercer un métier qui me permet de beaucoup voyager. Quand je te parlais tout à l’heure d’étendre les frontières de ce que nous racontons, j’aimerais beaucoup pouvoir retourner au Brésil, à Ouro Preto par exemple, qui est une ville minière avec énormément d’histoires et de légendes, pour aller chercher des choses encore plus de niche là-bas. Ou partir aussi en Inde, où il y a une grande exploitation minière dans le nord du pays. Je pense que ce serait vraiment très intéressant.

C’est vrai que je reste assez focalisée sur l’histoire minière du Nord, parce que c’est celle qui nous concerne directement. On ne pense pas forcément à toute la culture minière qui existe dans les autres pays et, au final, on reste un peu indifférents à tout ça :

Thomas : Oui et c’est très intéressant, quand nous avons créé Galibot, tu te doutes bien que nous n’avions pas l’ambition d’arriver là où nous en sommes aujourd’hui : être chez Les Acteurs de l’Ombre Productions, avoir fait une tournée avec Mephorash, c’était déjà des années-lumière de ce que nous pouvions imaginer. En fait, au fur et à mesure que notre musique a commencé à être diffusée au-delà de nos frontières, nous avons découvert quelque chose : l’industrie minière est peut-être un dénominateur commun de l’humanité. Tu regardes en Pologne, en Afrique du Sud, au Brésil, au Canada, même aux États-Unis… Il y a toujours eu cette volonté d’aller chercher des ressources dans les entrailles de la Terre en y envoyant des hommes dans des conditions qui étaient parfois totalement inhumaines. Et on se rend compte qu’il y a toujours quelqu’un qui connaît une mine à proximité de chez lui, ou qui a une histoire liée à cet univers. Finalement, ce qui fait que ce sujet est beaucoup plus universel que ce que nous avions pu imaginer.

Justement, j’imagine que votre arrivée chez Les Acteurs de l’Ombre Productions vous a permis de débloquer beaucoup de choses. Est-ce que cela a aussi changé votre façon de travailler ou votre vision de l’évolution de Galibot ?

Thomas : Signer chez Les Acteurs de l’Ombre nous a déjà confortés dans l’idée que ce que nous faisions faisait sens. Nous adorons ce que ce label produit. Nous avons forgé notre oreille musicale à travers les groupes qui font partie de cette écurie. Alors, se dire qu’aujourd’hui nous faisons aussi partie de ces groupes, c’est se dire que nous sommes dans une sphère qui nous correspond. Nous ne sommes pas hors sujet. Parce que, parfois, quand tu discutes avec des artistes, tu te rends compte qu’ils ne sont pas arrivés là où ils imaginaient arriver, ou dans le label qu’ils imaginaient. Ils se retrouvent parfois dans quelque chose de totalement différent. Nous, je pense que nous avons la chance d’être dans un label dont nous rêvions, quelque part.

Ensuite, sur notre façon de travailler, je pense que cela nous facilite la tâche sur des aspects qui sont presque purement bureautiques, des aspects qui peuvent être très moches. Nous, ce que nous voulons avant tout c’est nous concentrer sur l’aspect artistique. L’avantage avec Les Acteurs de l’Ombre, c’est que tout ce qui concerne la diffusion sur les plateformes, le pressage des vinyles… Nous ne nous prenons pas trop la tête avec ces aspects-là. C’est quelque chose qui peut être très chronophage. Le fait que cela nous libère du temps pour nous consacrer uniquement à la musique, c’est là que cela a réellement changé notre façon de travailler.

Je repasse désormais sur l’album et ses influences, qui sont très diversifiées. Sur le morceau « Estaminet »on retrouve notamment des influences très Hardcore et dans les notes de l’album vous évoquez surtout des inspirations issues de la scène des Hauts-de-France. Est-ce que vous pouvez citer quelques groupes qui vous ont inspirés, directement ou indirectement ?

Thomas : Alors, inspirés, on n’a pas été non plus chercher un morceau de groupes du Nord ou des Hauts-de-France en se disant : « On va faire quelque chose comme eux »ou « on va sonner comme eux ». C’était plutôt dans l’idée de leur rendre hommage. Parmi ces groupes-là, je pense notamment à Kill For Peace, qui fait partie de mes premiers concerts de Metal dans le Nord de la France. Plus loin dans le temps, nous avons aussi découvert des groupes comme Drops ou encore Veto. Agathe, je te laisse la parole, je sais que tu as aussi plein de groupes du coin à citer.

Agathe : Nous aimons beaucoup November, aussi, en termes de Hardcore, c’est bien bourrin. Après, du côté de Lille et par chez nous, ce n’est vraiment pas ce qui manque. Il y a aussi eu Big Death Amego, qui s’est séparé dernièrement et qui faisait des trucs vraiment pas mal en Punk Hardcore. C’est toujours compliqué de sortir des noms comme ça (rires.)

Thomas : Ce que nous avons constaté, c’est que dans le Nord de la France, il y a beaucoup plus de groupes de Hardcore que de Black Metal. Notre parcours musical et notre entrée sur les petites scènes s’est essentiellement faite par le Hardcore parce que dans les bars c’est ce qui se jouait le plus, puis c’est beaucoup plus simple à mettre en place. Ce sont des groupes qui n’ont parfois même pas besoin de retours pour jouer, c’est vraiment à l’arrache. Nous avons commencé là-dedans et Julian faisait lui aussi partie de groupes de Hardcore à l’époque. On s’est dit que c’était un dénominateur commun, quelque part. Alors, quand nous avons eu l’idée de faire un morceau un peu plus « bagarre », nous avons mélangé un peu de Black Metal avec un peu de Hardcore, et cela a donné ce morceau. D’ailleurs, en live, il fonctionne très bien et nous en sommes très contents. On sait que les aficionados du Black Metal, les plus « true », on va dire, seront peut-être choqués… et tant mieux. Parce que la claque que cela met à la fin surprend aussi bien ceux qui aiment ce style que ceux qui l’apprécient un peu moins. Dans tous les cas, cela fait son effet.

Il faut aussi rester ouvert d’esprit. Je pense que Catabase va peut-être toucher d’autres auditeurs qui n’écoutent pas forcément de Black Metal, ou seulement par petites doses, au-delà des aficionados du Black Metal pur et dur enregistré au fond d’une cave, pour reprendre le cliché. (Rires.) J’avoue que, de mon côté, je ne suis pas une spécialiste du Black Metal, à l’exception des groupes les plus connus. Mais lorsqu’il y a une thématique qui m’intéresse, j’aime bien aller découvrir ce qui se fait, et c’est le cas avec votre groupe. Avant vous, la dernière claque que j’ai prise, c’était Kanonenfieber que vous devez sûrement connaître :

Thomas : Totalement ! C’est une mise en scène très poussée, des albums avec des concepts très identifiables. Et puis, ce que je trouve génial chez Kanonenfieber, c’est qu’il y a quelque chose de très « fait main »de A à Z. C’est le projet d’un seul type (NDLR : Noise) qui a vraiment commencé dans la débrouille. Et puis il y a une identité visuelle tellement impactante avec toujours cette même palette de couleurs. D’ailleurs, je suis en train de regarder dans ma discothèque, j’ai leur tout premier album, hyper orangé, avec toujours le même personnage. Je trouve que ce qu’ils ont réussi à faire est vraiment fort.

Agathe : Chez eux aussi, il y a eu une évolution énorme, nous les avons vus en live il y a quelques années mais le show n’était pas encore aussi développé, ou en tout cas la salle ne le permettait pas. Quand je vois aujourd’hui leurs concerts au Hellfest ou au Motocultor Festival avec toute cette scénographie c’est ce que j’aime retrouver. J’aime les groupes jusqu’au-boutistes, qui vont au bout de leur univers. Pour moi, le live, c’est une expérience. Même si nous en sommes encore loin et ce n’est pas du tout la même ambiance, j’aimerais pouvoir apporter ça aussi. Même sans mettre des flammes partout, j’aimerais que le concert soit une véritable expérience. C’est aussi ce que nous essayons de mettre en place avec les interludes, les bruits d’ascenseur, les mécanismes… tout ce qui accompagne le concert.

Thomas : Il me semble que Non Est Deus, ce sont les mêmes gars que ceux de Kanonenfieber. Et tu vois, c’est la même volonté : à chaque fois, un visuel très fort, une mise en scène très forte, et la musique prend une autre dimension. Parfois, on nous demande si la thématique prend le dessus sur la musique. Au contraire. Elle est au service de la musique. C’est parce qu’il y a cette musique-là que nous pouvons repousser les curseurs à travers une thématique, un visuel, une immersion. Aujourd’hui, nous restons un groupe que j’estime encore petit. Nous faisons avec les moyens que nous avons, mais nous avons tout de suite essayé de mettre en place de l’immersion, du visuel. Et je pense que cela donne à la musique une autre dimension, un autre cachet.

Effectivement, ce qui vous distingue aussi, c’est que l’on parle ici d’un groupe masqué et anonyme, contrairement à Galibot. En parlant justement d’immersion, comment l’expérience live prend-elle forme pour donner vie à votre musique ?

Thomas : Moi, je pense qu’elle prend forme à deux niveaux. Je ne sais pas ce que dira Agathe, mais de mon point de vue, il y a d’une part l’énergie sur scène. Tu pourras le constater, il y a quelques vidéos qui sont sorties il n’y a pas longtemps de nos concerts et c’est vraiment ce qui revient souvent, c’est l’énergie que nous dégageons sur scène. Comme on te le disait, nous venons du Hardcore mais aussi du Punk, il n’y a pas cette présence statique ou immobile, il y a vraiment quelque chose de très agité et de très énervé sur scène.

Donc l’expérience se veut transcendante pour nous sur scène. Je pense qu’elle se veut aussi énergique et effervescente pour le public. Après, il y a tout l’aspect thématique. Nous avons des bleus de travail souillés, écorchés. Nous les avons passées dans je ne sais combien de trucs dégueulasses pour qu’elles aient vraiment cette apparence poisseuse. Après, il y a aussi les interludes que nous mettons en place. Nous avons la chance de travailler avec notre propre ingénieur son et lumière, et c’est aussi ce qui permet de plonger le concert dans une atmosphère assez particulière. Puis nous avons travaillé quelques jours avec un metteur en scène pour réfléchir à la manière de créer des temps forts dans notre recette pour que tout ne soit pas uniquement musical. Par exemple, sur le morceau « Pénitent », Agathe se pare d’une toge de pénitent, cela permet d’amorcer les morceaux suivants. Ça fait vraiment partie de notre mise en scène et de notre univers.

Agathe : J’aurais dit la même chose que toi, Thomas. C’est vraiment un tout entre les ambiances sonores et les lumières. D’ailleurs, le show lumière est en train d’être mis en place et nous avons pu en avoir un avant-goût pendant nos dernières dates. En voyant les vidéos, j’ai trouvé que cela rendait vraiment bien. Cela passe aussi par le décor de scène, qui a vocation à évoluer. Thomas a fabriqué avec son grand-père des roues qui s’apparentent à des chevalements, comme ceux qui permettent de descendre dans les mines. Jusqu’à aujourd’hui, c’est ce que nous utilisons, avec des machines à fumée, pour donner cette ambiance industrielle. Le décor a vocation à évoluer par la suite. Ce n’est pas seulement le bleu de travail sale. Il y a aussi une sorte de corpse paint, mais pas un corpse paint Black Metal classique avec des têtes de mort (rires). Là, c’est plus l’idée d’être salis par la suie. Forcément, nous nous sommes inspirés de photos d’archives que nous avons pu voir. Thomas comme moi regardons très régulièrement les vidéos d’archives de l’INA, que ce soit pour nous inspirer des visuels ou des thématiques, tout passe aussi par là.

Au final, on retrouve carrément l’esprit Hardcore avec ce côté DIY dans votre façon de concevoir les décors :

Thomas : Je pense que c’est quelque chose qui ne changera pas, parce que nous avons pris plaisir à le faire. Je pense que ce qui nous anime, avant même les concerts, c’est la création. Qu’elle soit musicale, mais aussi à travers tout ce que nous confectionnons. C’est très DIY, comme tu le dis, et moi j’aime beaucoup ce côté-là. Tu vois, quand on se penche sur une problématique, qu’on essaie de la résoudre et de créer quelque chose… Plus la problématique est compliquée, plus on arrive à trouver des idées un peu folles. Et c’est là qu’on arrive à des résultats qui sont ceux d’aujourd’hui. Quand on s’est posé la question de savoir comment faire tourner des roues de chevalement sur scène, la solution, c’était finalement d’utiliser un moteur de rôtissoire. Cela peut paraître marrant comme ça, mais on a vraiment essayé de trouver des solutions techniques avec ce que l’on avait sous la main, sans y connaître grand-chose. Au final, on arrive toujours à se débrouiller et je pense que, quelque part, c’est très Black Metal dans l’esprit.

C’est vraiment intéressant de connaître l’envers du décor, on se rend compte de tout le travail qu’il y a en amont. En parlant d’imagerie et de visuels, il y a aussi quelque chose qui m’a marquée. Quand on regarde la chronologie des pochettes de vos sorties, on a presque l’impression de suivre une descente : avec la démo « Wallers-Arenberg », on est encore dans la ville, puis on entre dans la fosse avec « Euch’Mau Noir », avant de terminer sous terre avec « Catabase ». Est-ce que cette immersion progressive était voulue ?

Thomas : Tout à fait. Là, ce qui m’a un peu inspiré dans la démarche, c’est Regarde les Hommes Tomber. Avec la tour de Babel, il y a plusieurs optiques différentes autour de celle-ci selon les albums. Je me souviens les avoir entendus expliquer en interview que le but était vraiment que la pochette amorce aussi la narration autour de cette tour. Et moi, je me suis dit : « Comment est-ce que nos pochettes, avec à chaque fois une identité de couleur différente, pourraient-elles aussi amener une narration ? ».

Il y a vraiment cette envie de se rapprocher progressivement de la fosse. Comme tu l’as dit, on commence devant le panneau de la ville de « Wallers-Arenberg », ensuite sur « Euch’Mau Noir », au pied d’un chevalement puis à l’entrée de l’ascenseur sur « Catabase ». Je vais être très honnête, nous n’avons pas encore la pochette du prochain album. Peut-être que nous serons envoyés dans les profondeurs, ou peut-être que ce sera autrement. Mais, en tout cas, nous avons vraiment voulu créer une narration, quelque chose qui avance de pochette en pochette.

Et ça, on va dire que c’est un petit coup de chance. Quand nous avons fait la photo de la première pochette de la démo, ce n’était pas prévu. C’est a posteriori que nous nous sommes dit : « Nous avons cette première base. Comment est-ce que l’on peut pousser le curseur à partir de celle-ci ? ». En fait, une démo, c’est beaucoup ça : on fait quelque chose qui, je pense, est sincère au départ. Puis, une fois que cette première base est posée, on se rend compte que l’on peut aller beaucoup plus loin sur quelque chose qui, au début, n’était absolument pas calculé. Et ça, c’est étonnant, même pour nous.

Pour conclure, quels sont les projets qui vont suivre la sortie de « Catabase »et qu’espérez-vous pour cette année ?

Thomas : Les projets immédiats, c’est une série de concerts, notamment de belles dates comme le Tyrant Fest (NDLR : 24-25 octobre 2026, Aéronef, Lille), une date à Arras, le Night Fest Metal à Arlon en Belgique (NDLR : Le 28 Novembre à Arlon)… Il y a donc toute cette série de concerts qui arrive entre juin et novembre. Après, on commence aussi à discuter de choses qui deviennent très sérieuses, on pourrait faire des concerts un peu plus loin. Pour l’instant, nous n’avons pas grand-chose à rajouter là-dessus, si ce n’est que c’est en préparation. Comme on le disait, nous sommes vraiment dans la création, c’est ce qui nous anime. L’album étant sorti, maintenant, on va le laisser vivre et on va se pencher tout doucement, si l’on a de nouvelles inspirations ou de nouvelles idées, sur les prochaines écritures. Parce que c’est vraiment ça qui fait que l’on fait de la musique : c’est parce que l’on aime créer.

Agathe : Dans la série, je rajouterais aussi le Muscadeath, en septembre, pour ceux qui sont du côté de Nantes. Thomas a globalement bien résumé les prochains mois, avec des concerts qui se sont mis en place. On a super hâte et de belles choses vont normalement arriver, pour le moment, cela ne fait que progresser.

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